Molière
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Molière de A à Z

Amis

Nous savons peu de chose sur les amis que Molière fréquente au collège de Clermont ; Jean Vivot, son ami et ultérieurement son éditeur, évoque plus tard, dans la préface de son édition (1682), le fait que Jean-Baptiste Poquelin y rencontre le prince de Conti, qui deviendra le troisième personnage de l’État, son futur protecteur, précisant qu’il a « eu l’avantage de suivre feu Monsieur le prince de Conti dans toutes ses classes », ce qui pourrait signifier non pas qu’ils aient été condisciples, puisque Jean-Baptiste était son aîné de sept ans, mais qu’il ait pu jouer un rôle de moniteur auprès du jeune prince. Il semble en revanche qu’il s’y lie avec François Bernier, futur médecin, Cyrano de Bergerac et Claude-Emmanuel Chapelle, le fils adultérin de Luillier, un haut magistrat cultivé et ami du philosophe Gassendi. Chapelle, qui passe pour libertin aimant voyager et boire, demeurera toute sa vie fidèle à Molière.

Plus tard, notre dramaturge est également proche de Boileau, ainsi que de son demi-frère, Pierre Boileau de Puymorin, le parrain de son second fils, Pierre-Jean-Baptiste-Armand. Il forme avec eux, le noyau d’un joyeux groupe d’amis, qu’il semble avoir sauvé de la noyade, si l’on en croit une anecdote rapportée par l’Abbé de Choisy : après avoir passé plusieurs heures à table et abondamment philosophé, lors d’un souper à Auteuil, les convives concluent que la vie est pleine de misères et qu’il vaut mieux aller se noyer, prenant aussitôt le chemin de la rivière. Molière intervient alors : « “Mes amis, leur dit-il, […] je me veux jeter le premier”. Il avance d’un pas et puis leur dit : “Mais, j’y songe, voulons-nous mourir comme des coquins, la nuit ? Non, non, rendons notre mort célèbre et noyons-nous demain en plein soleil ; Caton, Brutus, tous ces Messieurs-là ne nous viennent pas à la jarretière.” Il persuada les ivrognes et les ramena chez eux où le sommeil leur rendit la raison. »

Molière entretient aussi une longue amitié avec le peintre Pierre Mignard, rencontré en Avignon en 1657, qui veillera, entre autres, à l’exécution des dernières volontés de Madeleine Béjart, et qui prendra soin, à la mort du poète, de sa fille Madeleine-Esprit, la seule de ses enfants qui lui survivra. Molière lui dédie, pour sa part, un long poème de trois cent-soixante-six vers intitulé La Gloire du Val-de-Grâce, car le peintre a décoré la coupole de ce bâtiment.

Molière est également lié à Jean-Armand de Mauvillain, « fort honnête médecin » selon Grimarest, personnage agréable, non dépourvu d’humour, et élégant de manières et d’allure. Professeur de botanique à la Faculté de Médecine de Paris, il se révèle fervent défenseur de l’antimoine, et il est probable qu’il informe complaisamment son ami sur les mœurs et les usages médicaux du temps. Molière écrit à son sujet : « Nous avons d’agréables conversations ensemble. Il me donne des remèdes, quand je suis malade, je ne les prends point et je guéris. » Les deux hommes sont plus proches en fait que ne le laisse penser cette anecdote, car Mauvillain est aussi membre du conseil de famille qui en 1675 se préoccupe des intérêts de la fille mineure de Molière.

D’autre part, nous sommes en droit de penser qu’au sein de la troupe se sont noués des liens d’amitié solides au cours de la tournée en province*, durant laquelle les comédiens ont eu tout le loisir de se connaître. En effet, lorsque le Théâtre du Petit-Bourbon où joue la troupe de Molière est démoli, les compagnies rivales profitent de l’aubaine pour tenter en vain de la désorganiser, comme le rapporte La Grange : « La troupe, en butte à toutes ces bourrasques, eut encore à se parer de la division que les autres comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et du Marais voulaient semer entre eux, leur faisant diverses propositions pour en attirer les uns dans leur parti, les autres dans le leur. Mais toute la troupe de Monsieur demeura stable ; tous les acteurs aimaient le sieur de Molière, leur chef, qui joignait à un mérite et une capacité extraordinaires une honnêteté et une manière engageante qui les obligea tous à lui promettre qu’ils voulaient courre sa fortune et qu’ils ne le quitteraient jamais, quelque proposition qu’on leur fît et quelque avantage qu’ils pussent trouver ailleurs. » Cela est confirmé par le fait qu’en quinze ans, seule la Du Parc quitte la troupe, et encore est-ce par amour pour Racine qu’elle entre à l’Hôtel de Bourgogne. Cela atteste le fait que son caractère le prédispose à entretenir des relations sinon amicales du moins cordiales avec les gens qu’il approche dans l’exercice de son métier, et il n’est pas rare ainsi qu’il se joigne aux dîners des comédiens italiens qu’il estime beaucoup.

Enfin, outre ses amis personnels et ses comédiens, Molière bénéficie de l’estime et de la sympathie de quelques grands, comme Mazarin, Nicolas Foucquet et Condé. Ce dernier dit ne jamais s’ennuyer dans la conversation du dramaturge, qui lui dédie Amphitryon. C’est lui encore qui adresse cette réponse célèbre à Louis XIV, étonné que les dévots se scandalisent à propos du Tartuffe et non pas de Scaramouche ermite, pièce représentée par les comédiens italiens : « La comédie de Scaramouche joue le Ciel et la Religion, dont ces Messieurs-là ne se soucient point, mais celle de Molière les joue eux-mêmes, ce qu’ils ne peuvent souffrir. »

Quelques femmes peuvent être également comptées au nombre des amies de Molière. Citons d’abord Armande Béjart, pour laquelle il éprouve d’abord un amour doublé de complicité professionnelle, puis plus tard une profonde amitié. Quant à Ninon de Lenclos, qui a été la maîtresse, entre autres, de quelques hauts personnages du royaume, comme Coligny, Condé, La Rochefoucauld et Saint-Évremond, elle accueille volontiers le groupe des amis de Molière — lui-même vient y faire la lecture de ses pièces —, car elle fait régner dans son salon une certaine liberté de pensée et de langage.