Molière
Œuvres Chronologie Molière de A à Z Molière et Pézenas
Médiathèque
Bibliographie Filmographie Iconographie Actualités Liens Contact
Accueil > Molière > Molière de A à Z > Amour-propre

Molière de A à Z

Amour-propre

L’amour-propre désigne à l’âge classique l’amour exclusif de soi-même. Le pessimisme d’origine augustinienne qui irrigue la pensée de la seconde partie du siècle conçoit l’homme comme un être guidé dans ses actes par le seul souci de lui-même : « L’amour-propre est l’amour de soi-même, et de toutes choses pour soi ; il rend les hommes idolâtres d’eux-mêmes, et les rendrait les tyrans des autres, si la fortune leur en donnait les moyens » écrit La Rochefoucauld. Toute sagesse humaine n’est qu’un leurre destiné à camoufler la tendance narcissique de chacun, derrière l’image complaisante qu’il se fait de lui-même. Même nos prétendues qualités, poursuit le moraliste, ne sont qu’élans égocentriques, car l’orgueil nous empêche de reconnaître la vraie nature de nos motivations, en jouant de quelques effets d’illusion : « Ce qui paraît générosité n’est souvent qu’une ambition déguisée qui méprise de petits intérêts pour aller à de plus grands. […] La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie. » Même le vieux Corneille fait écho à ce repli égocentrique :

L’amour-propre est la source en nous de tous les autres :
C’en est le sentiment qui forme tous les nôtres.
Lui seul allume, éteint ou change nos désirs
Les objets de nos vœux le sont de nos plaisirs
(Tite et Bérénice, v. 279-283)

L’amour-propre sous-tend le comportement des grands héros monomaniaques de Molière, mais c’est dans Le Misanthrope — représenté en 1666, un an après la publication des Maximes de La Rochefoucauld —, que le poète en décrit plus directement les effets, en montrant que l’idéal mondain de l’honnêteté est impuissant à le juguler.