Molière
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Molière de A à Z

BOILEAU

(Boileau-Despréaux, Nicolas, dit, poète et critique, 1636-1711). Riche à vingt et un an, à la mort de son père, il jouit d’une grande liberté et fréquente les écrivains de son temps. Il se montre critique féroce, dans ses Satires, à l’égard des auteurs « officiels », comme Chapelain, et fait preuve d’une amitié profonde pour Molière. Présenté à la Cour en 1669, il devient, avec Racine, historiographe du roi, puis sera élu à l’Académie.

Boileau se montre particulièrement sensible au don d’observation de son ami Molière, comme en témoigne Monchesnay, en 1742 : « M. Despréaux ne se lassait point d’admirer Molière, qu’il appelait toujours le Contemplateur. Il disait que la nature semblait lui avoir révélé tous ses secrets, du moins pour ce qui regarde les mœurs et les caractères des hommes. » Ce qui n’empêche pas le Législateur de notre Parnasse d’émettre quelques réserves, notamment sur le style et la Versification du dramaturge, ainsi que le rapporte Brossette : « M. Despréaux estime infiniment Molière. Il m’a dit qu’il le préférait à Racine et à Corneille. Sans les fautes qui sont dans ses pièces contre la pureté de la langue, m’a dit M. Despréaux, sans les négligences de sa versification, et sans l’irrégularité de ses dénouements, Molière de son art eût emporté le prix. » Il semble même, si l’on en croit Brossette que Boileau aille parfois jusqu’à « corriger » certains des vers de son ami : « Il [Boileau] m’a encore cité ces deux-ci des Femmes savantes, sc. 1 :

Quand sur une personne on ne peut s’ajuster,
C’est par les beaux côtés qu’il la faut imiter.

M. Despréaux m’a dit qu’il avait voulu souvent obliger Molière à corriger ces sortes de négligences, mais que Molière ne pouvait jamais se résoudre à changer ce qu’il avait fait. M. Despréaux lui ayant fait sentir la faiblesse de ces deux derniers vers, Molière pria M. Despréaux de les rajuster, tandis qu’il allait sortir un moment avec sa femme (car M. Despréaux était alors chez Molière). M. Despréaux s’en défendit, mais il ne laissa pas de les changer ainsi :

Quand sur une personne on prétend se régler,C’est par les beaux endroits qu’il lui faut ressembler. M. Molière approuva le changement, et il n’a pas laissé dans l’impression, de conserver : “C’est par les beaux côtés”, ce qui fait une consonnance vicieuse avec la fin du vers, outre qu’on ne dit pas : ressembler à quelqu’un par ses beaux côtés. » D’autre part, Boileau se montre sévère avec son ami sur la nature du Rire que doit susciter la comédie ; on peut lire dans son Art poétique, paru après la mort de Molière, en 1674 :

C’est par là que Molière illustrant ses écrits
Peut-être de son art eût remporté le prix,
Si, moins ami du peuple en ses doctes peintures,
Il n’eut point fait souvent grimacer ses figures,
Quitté pour le bouffon, l’agréable et le fin,
Et sans honte à Térence allié Tabarin.
Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.

Cette sévérité, qui traduit un relatif changement d’attitude à l’égard de son ami, ne manque pas de choquer certains contemporains, comme P. Bayle ou le poète Desmarets de Saint-Sorlin : « Molière qu’il [Boileau] avait nommé rare et fameux esprit, au commencement de la satire qu’il lui a dédiée, et qu’il accuse maintenant de tant de bassesse, était bien plus modéré et plus habile que lui. »