Molière
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Molière de A à Z

Censure

Il existe au XVIIe siècle un organisme de censure institutionnalisé, mais il arrive aussi que le roi, lui-même soumis à la pression de tel ou tel parti, exerce ce droit. La procédure normale, pour l’auteur qui désire obtenir un privilège en vue de l’impression d’une œuvre, consiste à la déposer auprès du Chancelier, afin qu’un censeur en fasse le rapport. Les passages jugés choquants sont alors cartonnés, mais l’administration conserve un exemplaire original afin de s’assurer que les passages désignés ont bien été supprimés à l’impression. C’est ainsi que nous possédons l’exemplaire non cartonné de Dom Juan du lieutenant de police La Reynie, présenté par La Grange et Vivot pour l’édition de 1682. Par ailleurs, il n’est pas rare que la censure soit exercée par le roi ; ainsi, dans « l’affaire du Tartuffe », cette pièce, jugée par la Gazette « injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effets », est interdite sous la pression de la Cabale des dévots à la demande de M. de Péréfixe, archevêque de Paris.

On est en droit de penser qu’à cela s’ajoute sans doute une forme d’auto-censure des auteurs, que Molière lui-même doit pratiquer : a-t-il pris spontanément l’initiative de retirer Dom Juan après le relâche de Pâques, ou a-t-on fait discrètement pression sur lui ? A-t-il décidé de son plein gré de calmer les choses dans l’affaire du Tartuffe ? car nous savons en effet, grâce à la Lettre sur la comédie de L’Imposteur, qu’il a atténué certains propos satiriques sur les directeurs de conscience, et que le héros n’y est plus un homme d’Église à proprement parler ; il dit d’ailleurs explicitement dans son Second Placet avoir « déguisé le personnage sous l’ajustement d’un homme du monde. »

Pour certaines œuvres jugées particulièrement dangereuses, la censure peut s’exercer fort longtemps. Ainsi, pour Dom Juan, non seulement elle ne cesse pas à la mort de Molière, mais cette œuvre ne sera reprise qu’en 1677 et dans la version expurgée et versifiée de Thomas Corneille. Quant à son édition, il faudra attendre l’année 1683 pour qu’un libraire d’Amsterdam publie le texte intégral ; peut-être d’ailleurs le tenait-il de La Grange et Vivot, dépités de n’avoir pu le publier l’année précédente tel que Molière l’avait sans doute représenté en 1665. Connaissant ainsi les passages cartonnés, nous pouvons suivre ligne à ligne le travail des censeurs, qui tantôt suppriment une scène entière, comme la scène du Pauvre, tantôt édulcorent des propos dangereux, comme les manifestations d’impiété de Dom Juan, tantôt enfin se bornent à réprouver l’emploi d’un terme (comme Dieu ou Église, auxquels on préfère le Ciel ou temple).