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Molière de A à Z

Commedia dell’arte

Théâtre traditionnel italien, représenté par des acteurs professionnels (ce que signifie dell’arte), dont le texte n’est pas à proprement parler improvisé, comme on le pense abusivement, mais plutôt semi-improvisé. En raison de son oralité, cet art est en grande partie perdu ; nous ne disposons plus que de quelques canevas, véritables outils de travail des troupes, simplement destinés à indiquer la succession des scènes, ainsi que les tenants et les aboutissants de la situation. Ces précieux documents, malheureusement fort sommaires, contiennent avec le schéma des pièces les principaux effets ou lazzi, faisant parfois l’objet de recommandations lapidaires. Les intrigues — si tant est qu’on puisse employer ce terme — sont inexistantes ; car les scènes sont plus juxtaposées que liées organiquement. Ce qui détermine leur succession, c’est la nécessité de faire intervenir les différents acteurs de la troupe, selon leur spécialité, de sorte que c’est un souci de rentabilité économique, si l’on peut dire, qui influence ici cet aspect précis de la création.

Le dialogue est toujours sous-tendu, dans la commedia dell’arte, par un petit nombre de situations-types, pour lesquelles le comédien dispose non seulement d’une trame, mais aussi de certains enchaînements de répliques quasi automatiques, dont il est très familier, voire même de dialogues-modèles publiés en recueils littéraires. Ces recueils de mélanges constituent en quelque sorte des répertoires d’exemples destinés aux comédiens désireux d’approfondir leur art en se cultivant. Ils regroupent de nombreux fragments — lieux communs utiles à chaque personnage, collections de mots, de répliques et de dialogues préconçus — prêts à être insérés à tel ou tel moment d’un échange, et classés suivant les différentes situations stéréotypées et récurrentes dans cette dramaturgie. C’est ainsi, par exemple, que pour les amoureux, qui doivent tendre vers le raffinement pétrarquisant du langage, on distingue les Concetti (pensées), Prime uscite (sorties), Soliloqui (monologues), Raconti (récits), Rimproveri (reproches), Disperationi (désespoirs), Deliri (délires), etc. Chaque catégorie contient à son tour les traits convenables à différentes situations, de sorte que l’on trouve des concetti relatifs à la prière amoureuse, aux épanchements lyriques, à l’amour réciproque, au mépris, à la jalousie, à la réconciliation, au dépit, aux adieux, etc. Ce théâtre se caractérise également par l’importance du corps et du jeu gestuel, mais nous ne savons rien de précis sur les jeux de scène, hormis le fait que les postures étaient si stylisées et les lazzi parfois si acrobatiques, que les témoins du temps s’avouent impuissants à les décrire. Le célèbre Scaramouche, par exemple, était un formidable acrobate qui, à quatre-vingt-trois ans, disait-on, parvenait à donner un soufflet du pied.

On peut penser que Molière s’inspire dans son écriture de ce théâtre brillant, soit qu’il réutilise par exemple, selon la technique des comédiens italiens, une séquence de dialogue, sans doute conçue et « rodée » de longue date, peut-être issue d’une tradition orale ancienne ; il procède ainsi en reprenant presque mot pour mot tout un échange, tiré du dialogue de Scapin et d’Argante dans Les Fourberies de Scapin (I, 4) pour le mettre dans la bouche d’Argan et de Toinette, dans Le Malade imaginaire (I, 5). Soit qu’il procède, dans la composition d’une scène ou d’une séquence de scènes, à des greffes de lazzi dus aux Comédiens italiens ou de situations empruntées dans le vaste fonds commun de la littérature occidentale. (Voir Claude Bourqui, La Commedia dell’arte, Paris, SEDES, 1999).