Molière
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Molière de A à Z

Connivence

Molière aime de temps à autre créer, au sein de la fête théâtrale, un lien de connivence, une « complicité dramatique » entre l’auteur et le spectateur. Pour ce faire, il recourt parfois à des adresses directes au public ; la plus célèbre est sans nul doute celle d’Harpagon (L’Avare, IV, 1) mais il arrive aussi au Barbouillé (La Jalousie du Barbouillé, sc. 12), à Sosie (Amphitryon, III, 6, v. 1796), à la femme de Sganarelle (Sganarelle, sc. 5), à Gorgibus (Sganarelle, sc. 18) ou à Moron (La Princesse d’Élide, 2e intermède, sc. 2) de désigner le public.

Molière peut également confier certains bons mots ou certaines pensées à l’un de ses personnages. En particulier, plusieurs tirades, comme celle de Cléante se défendant d’être libertin (Le Tartuffe, I, 5, v. 318-339), font directement référence à sa propre situation. Enfin, il multiplie les allusions à des éléments extérieurs à la fiction qui peuvent se rapporter soit à la réalité de la représentation théâtrale, soit à l’actualité, soit à sa vie ou à son œuvre ; c’est ainsi que dans Le Malade imaginaire, Cléante propose à Argan de l’amener « voir sur ce chapitre quelqu’une des comédies de Molière » (III, 3).

De la même manière, l’exploitation de la tradition pastorale se présenterait plus, dans La Princesse d’Élide, entre autres, comme un effet de connivence sur les codes conventionnels, une sorte de clin d’œil complice à un public d’initiés et à la Cour, que comme une parodie, qui d’ailleurs détonnerait scandaleusement au cœur des réjouissances royales.

On le voit, Molière fait de la connivence, habituellement réservée à la farce ou à la commedia dell’arte, l’une des sources du plaisir théâtral que procurent ses comédies. (Voir sur cette question Cl. Bourqui, « La Bergerie comique : Molière et l’inspiration pastorale », Pastorale italienne. Pastorale française, Actes du colloque interuniversitaire, Alessandria, Edizioni dell’orso, 1996).