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Molière de A à Z

CORNEILLE, Pierre

(Poète, dramaturge et théoricien du théâtre, 1606-1684). Au terme du périple provincial de la troupe, Molière fait à Rouen la connaissance du grand poète tragique, qui se montre, comme son frère Thomas Corneille, sensible au charme de la belle Marquise Du Parc. On peut supposer que leur conception respective du jeu tragique sépare les deux dramaturges : Corneille, tenant de la tradition, attend une diction pompeuse et emphatique du vers, alors que Molière demande à ses acteurs un parler plus naturel. Ce dernier admire de toute évidence le vieux maître, dont il interprète nombre de tragédies, jouant Nicomède, pour ses débuts à Paris, puis Héraclius, Rodogune, Cinna, Pompée, Attila, Tite et Bérénice. Corneille lui rend-il son admiration ? On peut en douter quand on le voit revenir au théâtre après un long silence en 1659, proposer son Œdipe aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, et prendre parti contre Molière dans la querelle de L’École des femmes, comme en témoigne l’abbé d’Aubignac en 1663 : « Je vous demande pardon si je vous parle de cette comédie qui vous fait désespérer et que vous avez essayé de détruire par votre cabale dès la première représentation. » Pour sa part, Molière pense-t-il au vieux maître en peignant un poète hostile à la diction naturelle, dans L’Impromptu de Versailles ? (Voir Sottisier)Tout cela pourtant ne les empêchera pas de collaborer à Psyché, en 1671.

Corneille a également le grand mérite d’avoir fait renaître, à l’âge de vingt ans, dans les années 1630, le genre alors éteint de la comédie, qu’il oriente vers une plus fidèle représentation du réel, avec des œuvres telles que Mélite, La Veuve, La Galerie du Palais, La Suivante, La Place royale et L’Illusion comique, que l’on a longtemps ignorées, mais que l’on redécouvre et que l’on rejoue aujourd’hui. Dans ce théâtre jeune, d’une fraicheur et d’une audace étonnantes, quand on le compare aux pièces contemporaines, il innove en mettant en scène des jeunes gens de la bonne société parisienne, qui hantent les lieux à la mode de la capitale et parlent sans détour d’argent ou de plaisir amoureux. Outre cette thématique neuve, il prête à ses personnages une parole originale, pleine de sève et de spontanéité, de sorte qu’il invente une écriture propre au genre comique, ouvrant ainsi une voie féconde à Molière.

Enfin, Corneille a selon nous pu influencer Molière dans sa conception parfaitement originale du théâtre. Il tend en effet à affirmer sans ambiguïté le primat du spectacle sur la finalité morale, donc du poétique sur l’idéologique. Molière a assurément suivi les débats théoriques qui ont opposé le « Sophocle français » à l’abbé d’Aubignac notamment — les trois Discours théoriques de Corneille paraissent justement en 1660, trois ans après La Pratique du théâtre de l’abbé d’Aubignac — et il a fait sienne cette conception du spectacle, ce qui le conduit à élaborer une poétique comique au sein de laquelle les données psychologiques, loin d’être un absolu, sont régies selon les modalités du « nécessaire » comique, pour reprendre un terme cher à Corneille. En d’autres termes, chez notre poète, le souci de faire rire est constant, et il passe avant celui de la peinture des caractères, car les comédies de caractères sont les moins nombreuses au sein de son œuvre.