Molière
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Molière de A à Z

Courtisan

Molière fait preuve d’une grande sociabilité, et il fréquente très tôt le grand monde. Lui-même possesseur à la Cour d’une charge de Tapissier valet de chambre du Roi, est un courtisan avisé qui sait se faire apprécier, et cultiver la faveur des grands — Madame lui voue une amitié qui va au-delà de l’attitude habituelle des protecteurs —, puis, plus tard, du souverain. Dès son séjour en Languedoc, il lie des relations précieuses avec des aristocrates tels que Gaston d’Orléans, le Duc d’Epernon, et le prince de Condé, ce qui lui permettra, dès son retour à Paris, de jouer devant la Cour.

Conscient du fait qu’il lui faut à la fois recueillir l’approbation des grands et ne pas négliger les recettes dues aux représentations à la ville, Molière élabore une véritable stratégie de la réussite, car il connaît le jeu des hiérarchies sociales. Et il est probable que le succès de son théâtre soit en partie lié aux bonnes relations que le poète entretient avec les grands ; Donneau de Visé dans ses Nouvelles Nouvelles (1663) présente un dialogue dans lequel l’un des personnages se plaint du fait que Molière bénéficie d’un effet de mode :

Après le succès de ces deux pièces [L’Étourdi et Le Dépit amoureux] son théâtre commença à se trouver continuellement rempli de gens de qualité, non pas tant pour le divertissement qu’ils y prenaient (car l’on n’y jouait que de vieilles pièces) que parce que le monde ayant pris l’habitude d’y aller, ceux qui aimaient la compagnie, et qui aimaient à se faire voir, y trouvaient amplement de quoi se contenter.

Ses bonnes relations avec le milieu de la haute aristocratie lui permettront de donner un grand nombre de représentations privées en « visites », dans les familles les plus puissantes. L’habileté de l’acteur courtisan se manifeste à différentes occasions ; par exemple dans son intervention d’orateur décisive devant le roi et la Cour, lors de sa première représentation à Paris ; ou encore dans sa façon de dédier La Critique de l’École des femmes à Anne d’Autriche, qui est dévote, mais qui aime le théâtre. Cet heureux équilibre que le poète trouve entre le service du roi et son public de la ville ne sera remis en question que par la volonté du poète d’éditer ses œuvres complètes en 1671. (Voir C.E.J. Caldicott, La Carrière de Molière entre protecteurs et éditeurs, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1998, et Alain Viala, La Naissance de l’écrivain, Paris, Éd. de Minuit, 1985.)