Molière
Œuvres Chronologie Molière de A à Z Molière et Pézenas
Médiathèque
Bibliographie Filmographie Iconographie Actualités Liens Contact

L’Ecole des femmes

Dedicace

À MADAME

Madame,

Je suis le plus embarrassé homme du monde, lorsqu’il me faut dédier un livre ;

et je me trouve si peu fait au style d’épître dédicatoire, que je ne sais par où

sortir de celle-ci. Un autre auteur qui serait en ma place trouverait d’abord

cent belles choses à dire de Votre Altesse Royale, sur le titre de L’École

des femmes, et l’offre qu’il vous en ferait. Mais, pour moi, Madame, je vous

avoue mon faible. Je ne sais point cet art de trouver des rapports entre des

choses si peu proportionnées ; et, quelques belles lumières que mes confrères les

auteurs me donnent tous les jours sur de pareils sujets, je ne vois point ce que

Votre Altesse Royale pourrait avoir à démêler avec la comédie que je lui

présente. On n’est pas en peine, sans doute, comment il faut faire pour vous

louer. La matière, Madame, ne saute que trop aux yeux ; et, de quelque côté qu’on

vous regarde, on rencontre gloire sur gloire, et qualités sur qualités. Vous en

avez, Madame, du côté du rang et de la naissance, qui vous font respecter de

toute la terre. Vous en avez du côté des grâces, et de l’esprit et du corps, qui

vous font admirer de toutes les personnes qui vous voient. Vous en avez du côté

de l’âme, qui, si l’on ose parler ainsi, vous font aimer de tous ceux qui ont

l’honneur d’approcher de vous : je veux dire cette douceur pleine de charmes,

dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez, cette

bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paraître pour

tout le monde. Et ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et

dont je sens fort bien que je ne me pourrai taire quelque jour. Mais encore une

fois, Madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si

éclatantes et ce sont choses, à mon avis, et d’une trop vaste étendue et d’un

mérite trop relevé, pour les vouloir renfermer dans une épître, et les mêler

avec des bagatelles. Tout bien considéré, Madame, je ne vois rien à faire ici

pour moi, que de vous dédier simplement ma comédie et de vous assurer, avec tout

le respect qu’il m’est possible, que je suis,

De Votre Altesse Royale,

Madame,

Le très humble, très obéissant
et très obligé

serviteur,

J.-B. MOLIÈRE.