Molière
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Molière de A à Z

Diction

Nous ne savons à peu près rien de la diction des acteurs dans le genre sérieux ; comment pourrait-il en être autrement ? Elle ferait sans doute plus que nous surprendre. Il suffit d’écouter aujourd’hui les enregistrements, pourtant modernes, de Sarah Bernhardt dont nous disposons pour nous faire une idée de l’évolution des choses sur ce point en l’espace d’un siècle. Nous avons de bonnes raisons de penser néanmoins que la déclamation tragique au XVIIe siècle est psalmodiée, pompeuse et ampoulée ; d’une voix « placée dans le masque », l’acteur scande lentement l’alexandrin en marquant nettement une intonation montante puis descendante. Il semble également que cette déclamation autorise des effets violents, sauvages, faits de cris et de glapissements, ce qui expliquerait certains accidents vocaux survenus sur scène à des acteurs ayant forcé leur voix, tels que celui de Montdory, dans un passage d’imprécations de la Mariane de Tristan, de Monfleury dans la scène de folie d’Oreste, ou encore de la Champmeslé dans la Médée de Longepierre, faits que nous concevons difficilement, mais que les contemporains tiennent pour vraisemblables.

Molière raille les excès de cette déclamation grandiloquente au nom de la vraisemblance, dans L’Impromptu de Versailles, reprochant aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne de « faire ronfler les vers », effet artificiel qui provoque le « brouhaha ». Et quand il propose qu’un roi s’adresse plus naturellement à un capitaine des gardes, il s’entend répondre : « Allez-vous-en réciter comme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah ! » C’est donc contre une convention, propre au genre tragique, à laquelle le public est fortement attaché, que Molière, acteur, se dresse. Mais il échoue sur ce chapitre, car le public trouve son jeu tragique sans art — peut-être même ridicule en raison d’une sorte de hoquet qui le gêne. « Il est vrai que Molière n’était bon que pour représenter le comique ; il ne pouvait entrer dans le sérieux, et plusieurs personnes assurent qu’ayant voulu le tenter, il réussit si mal la première fois qu’il parut sur le théâtre, qu’on ne le laissa pas achever », écrit Grimarest.

Il semble que, plus tard dans le siècle, les outrances de la diction tragique se tempèrent, et qu’on trouve un moyen terme entre les deux conceptions opposées de Molière et de l’Hôtel de Bourgogne. À cet égard, J.-B. Racine écrit à propos de son père : « Il n’approuvait point la manière trop unie de réciter, établie dans la troupe de Molière. Il voulait qu’on donnât au vers un certain son qui, joint à la mesure et aux rimes, se distingue de la prose ; mais il ne pouvait supporter ces tons outrés et glapissants qu’on veut substituer au beau naturel et qu’on pourrait pour ainsi dire noter comme de la musique. » Peut-on en induire que Molière était, à cet égard, en avance sur son temps ?