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Molière de A à Z

Dom Juan ou le Festin de pierre

Comédie en cinq actes et en prose, représentée le 15 février 1665 au théâtre du Palais-Royal. Dom Juan, décrit par son valet Sganarelle comme un « grand seigneur méchant homme […], épouseur à toutes mains », confirme lui-même, dans une profession de foi pleine d’éloquence, son goût sans borne pour la conquête amoureuse, avant de traiter avec désinvolture Done Elvire qu’il vient d’épouser et d’abandonner. Alors qu’il tentait d’enlever une jeune mariée, une tempête l’a rejeté sur la côte, où il séduit aussitôt et simultanément deux paysannes. Déguisé pour échapper à la poursuite d’hommes armés, les frères de Done Elvire, Dom Juan fait part de son scepticisme religieux à son valet, qui, pour être en l’occurrence le défenseur de la religion, n’est pas pour autant un modèle de piété. Ayant pris plaisir à faire blasphémer un pauvre en lui tendant un louis, il finit par le lui donner par « amour de l’humanité ». Il sauve l’un des frères d’Elvire attaqué par des voleurs, et, trouvant sur sa route le tombeau du Commandeur d’un ordre de chevalerie qu’il tua autrefois, il invite par bravade la statue à dîner, mais celle-ci, contre toute attente, baisse la tête en signe d’acceptation, ce qui terrorise Sganarelle. Dom Juan reçoit successivement les visites d’un créancier, Monsieur Dimanche, qu’il éconduit habilement, de son père, le vieux Dom Louis, dont il raille le propos moralisateur, de Done Elvire, venue l’implorer de sauver son âme, puis enfin, de la statue du Commandeur qui l’invite à son tour : le libertin accepte par défi. Le héros a cependant brutalement changé d’attitude : feignant le repentir devant son père, il fait l’apologie de l’hypocrisie religieuse devant Sganarelle, car cela le met à l’abri de tout reproche et lui permet de refuser, au nom du Ciel, la réparation demandée par les frères d’Elvire. Après avoir négligé le dernier avertissement d’un spectre, il est foudroyé et entraîné aux enfers par la statue du Commandeur.

La pièce fait d’abord recette, mais elle n’est pourtant plus à l’affiche après le relâche de Pâques. Une censure officieuse s’est-elle exercée sur Molière ? Toujours est-il que le texte original disparaît pour longtemps, puisqu’il ne sera imprimé qu’un siècle et demi plus tard. De surcroît, la Comédie-Française ne reprend pas le texte original, mais l’adaptation édulcorée et versifiée réalisée par Thomas Corneille, intitulée Le Festin de pierre, qui reste à l’affiche jusqu’en 1847, date à laquelle, sous l’impulsion de Philoclès Regnier, excellent moliériste, on reprend, pour le 15 janvier, le texte original, avec un certain faste, puisque décors, costumes (réalisés par Deveria) et musique, tout est nouveau et fait événement, comme en témoigne Théophile Gautier. C’est en 1947 que Louis Jouvet redonnera véritablement naissance à cette œuvre majeure.