Molière
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Molière de A à Z

Farce

Ce genre dramatique remonte à l’antiquité gréco-latine, puisqu’Aristophane et Plaute l’illustrent, mais il conquiert son statut et sa popularité au Moyen-Age. Il s’agit d’une pièce bouffonne visant à provoquer le rire par les moyens les plus simples, voire les plus grossiers, sans aucun souci de la morale. À la différence de la Commedia dell’Arte — au XVIe et XVIIe siècles, les deux genres se rencontrent et s’enrichissent mutuellement mais conservent leur génie propre — la farce possède un texte écrit qui ne laisse guère de place à l’improvisation verbale de l’acteur.

Servie par le célèbre trio de farceurs, Gros-Guillaume, Turlupin et Gaultier-Garguille, on peut dire que la farce influence la comédie classique, tout comme la commedia dell’arte par laquelle elle est elle-même influencée, et elle perdure en son nom propre jusque dans les divertissements de Cour ; Molière en recueille souvent non seulement la thématique, mais aussi certains types de personnages, voire certains effets gestuels, comme en témoignent certaines scènes de ses plus grandes œuvres. La farce se définit par la nature même de son comique, qui se fonde sur l’effet de déformation réjouissante d’une situation ou d’un personnage représentant une certaine norme. Ce rire est sain, car s’il rabaisse souvent l’homme, c’est seulement pour lui rappeler ses instincts et non pour le mépriser. Il est donc naturel que ses thèmes et ses personnages soient tirés de la trivialité quotidienne ; tromperies, ruses et mystifications sont le lot de couples conventionnels : maris et femmes, vendeurs et clients, maîtres et serviteurs. Certains types même, tels que la femme acariâtre, le soldat fanfaron, le vieillard amoureux ou le philosophe pédant, traversent allègrement les siècles. Enfin, son intrigue est on ne peut plus simple — le trompeur trompé, par exemple. On conçoit aisément, dès lors, que la frontière soit parfois difficile à tracer entre la farce et certaines comédies telle que Les Précieuses ridicules, par exemple, où la bastonnade et le déguisement n’excluent pas la satire aiguë d’une certaine société.

Sur le plan technique, la farce, genre plutôt dépouillé quant au décor et aux accessoires, se fonde à la fois sur des effets visuels, en raison du jeu de l’acteur qui utilise fréquemment le masque, mais aussi verbaux (surabondance et fantaisie verbale, lazzi et calembours) et prosodiques (jeux de timbres ou d’accents).

On sait que Molière excelle dans le jeu comique, de sorte que ses ennemis le traitent de « farceur », terme méprisant, quand il connaît ses premiers succès, car le rire est à l’époque le propre du peuple. Nous savons peu de chose des farces qu’il possède à son répertoire et, surtout, de la façon dont elles sont jouées, mais nous sommes sûrs, en revanche, que le public les goûte, même à la Cour. Jean Vivot rapporte — et c’est sans doute un témoignage direct, puisqu’il possède une charge à la Cour — qu’à son arrivée à Paris en 1658, la troupe, après avoir remporté un succès mitigé avec Nicomède de Corneille, amuse le roi en donnant une petite farce de son répertoire, Le Docteur amoureux : « M. de Molière faisait le Docteur ; et la manière dont il s’acquitta de ce personnage le mit dans une si grande estime que Sa Majesté donna ses ordres pour établir sa troupe à Paris. »

Deux farces attribuées à Molière nous sont parvenues, non sans que leur paternité ait été mise en doute dès le XVIIIe siècle : La Jalousie du Barbouillé et Le Médecin volant. Nous n’avons conservé que le titre des autres, grâce au registre de La Grange : Les Trois Docteurs rivaux, Le Maître d’école, Gros René écolier, et grâce au témoignage plus tardif des frères Parfaict : Gorgibus dans le sac, Le Grand Benêt de fils, Le Fagoteux et La Casaque. (Voir Bernadette REY-FLAUD, Molière et la farce, Genève, Droz, 1996).