Molière
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Molière de A à Z

Farceurs

Outre le très fameux Jodelet, qui fait partie avant sa mort de la troupe de Molière, la postérité a retenu le nom de quelques grands comédiens, tels que Robert Guérin, alias Gros-Guillaume, et de ses deux compagnons, Gaultier-Garguille et Turlupin, avec lesquels il forme à partir de 1616 le plus célèbre trio de farceurs du théâtre de l’époque. Passant à l’Hôtel de Bourgogne, ils deviennent rapidement des types populaires, très aimés du public. L’énorme Gros-Guillaume, dont la bedaine est légendaire, joue enfariné les rôles d’homme ou de femme. Bien qu’il passe en privé pour un homme grossier, qui ne s’égaie qu’une fois ivre, il a, dit Tallement des Réaux, « une figure si plaisante qu’on ne pouvait s’empêcher de rire en le voyant. » Gaultier-Garguille, à la ville Hugues Guéru, jouit d’une physionomie opposée à celle de Gros-Guillaume, et représente toujours un vieillard : le corps maigre, les jambes longues, droites et menues, un gros visage. Il ne joue jamais sans masque, avec une longue barbe pointue, une calotte noire et plate, des escarpins noirs, des manches de frise rouge, un pourpoint et des chausses de frise noire. Enfin, Turlupin, de son vrai nom Henri Legrand, passe pour le plus remarquable de ces comédiens spécialistes de la farce : son personnage rappelle celui des valets fanfarons et gourmands, comme ceux de la commedia dell’Arte, qui ne songent qu’à bien se remplir la panse. A la ville, l’homme au contraire mène une vie réglée, au point d’interdire à sa femme le métier d’actrice, et son esprit, qui ne manque ni de subtilité ni de jugement, fait la joie des plus raffinés.

Le jeu de ces farceurs, comme l’a montré Gustave Attinger (L’Esprit de la commedia dell’arte dans le théâtre français, Neuchâtel/Paris, 1950), est influencé par celui des comédiens italiens fréquemment de passage à Paris depuis la fin du XVIe siècle. Le cas est encore plus net, dans les années 1630, pour le célèbre Tabarin (alias Antoine), jouant un valet à la gouaille facétieuse face à un maître pédant et qu’il désarçonne dans de courts échanges, volontiers grivois et satiriques. Son nom, emprunté à un acteur italien, son épouse, elle-même comédienne italienne (Vittoria Bianchi), ainsi que certains scenarios, tout cela atteste sans conteste une influence directe.