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Molière de A à Z

Honnêteté

Issu des cours italienne de la Renaissance (Baltazar de Castiglione, Il Cortegiano, 1528), cet idéal moral et social est théorisé par Nicolas Faret (L’Honnête Homme ou l’art de plaire à la Cour, 1630), Guez de Balzac, puis par le chevalier de Méré (Conversations, 1668, Discours, 1677). L’honnête homme se montre agréable et sociable ; tout entier tourné vers autrui, il fait preuve d’urbanité, et il doit laisser soupçonner ses qualités sans attirer l’attention sur sa personne, bien qu’il ait divers talents intellectuels et artistiques, car il ne se pique de rien. Et dans ses pièces, Molière brosse le portrait de quelques personnages qui, tels Philinte et surtout Éliante dans Le Misanthrope, sont capables de vaincre leur amour-propre, de s’effacer devant les autres et de faire preuve de bienveillance à leur égard. Molière lui-même est présenté en ces termes par Jean Vivot, dans la préface de l’édition de 1682 :

Ainsi il se fit remarquer à la Cour pour un homme civil et honnête, ne se prévalant point de son mérite et de son crédit, s’accommodant à l’humeur de ceux avec qui il était obligé de vivre, ayant l’âme belle, libérale : en un mot, possédant et exerçant toutes les qualités d’un parfaitement honnête homme.

Quand, dans La Critique de l École des femmes, Dorante, porte-parole de Molière, affirme que « c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens », on peut se demander de qui il parle : s’agit-il, comme on le pense d’ordinaire, de ceux qu’on pourrait appeler les braves gens du public, ou, dans ce contexte polémique, de ces esprits raffinés, adeptes de l’art de plaire selon Faret ou Méré ? Si l’on n’oublie pas que l’honnête homme est celui qui se maîtrise parfaitement en toute situation et qui, dans cette perspective, réprime les éclats de rire, qui sont le propre du peuple, on est en droit de penser que Molière vise ici cette partie du public, si rétive à une poétique dont le comique est la pierre angulaire.