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Molière de A à Z

IIIe République

La tradition universitaire a trop longtemps sous-estimé la dimension proprement dramatique des œuvres de théâtre ; soit qu’elle ait refusé d’admettre que le théâtre n’appartient pas complètement à la littérature, puisqu’il obéit à des règles propres, imposées en grande partie par le phénomène de la représentation, soit qu’elle ait considéré le théâtre comme une pratique quelque peu indigne d’un « grand auteur ». Cette réticence remonte en fait à la IIIe République, qui s’est efforcée de graver dans le marbre le profil des grands auteurs de la nation, après la défaite de 1870, alors que la littérature était élevée, écrit Marc Fumaroli, « au rang de corps mystique de la Nation, garantissant son identité et sa durée en l’absence des sacralités monarchiques » (« Les intentions du Cardinal de Richelieu, fondateur de l’Académie française », Richelieu et la culture, Paris, CNRS, 1987, p 76). La littérature devenant ainsi une idéologie (Voir Antoine Compagnon, La Troisième République des Lettres, Seuil, 1983), l’image de Molière, objet d’une sorte d’assimilation républicaine, est ainsi remodelée au mépris de la vérité historique. On a beau lutter contre cette idéalisation, au demeurant inutile à la grandeur de son œuvre, peine perdue. On sait pourtant parfaitement aujourd’hui que notre poète n’a pas été victime de la Cour, mais que, au contraire, courtisan heureux et artiste choyé, il y jouissait d’un statut exceptionnel (voir C.E.J. Caldicott, La Carrière de Molière entre protecteurs et éditeurs, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1998), qu’il n’a pas été le fer de lance téméraire des attaques adressées à la célèbre Compagnie du Saint Sacrement, mais plutôt une sorte de porte-parole de la cour, prônant une pratique religieuse plus mondaine et moins austère que celle des dévots, qu’il n’était pas un philosophe tel qu’on l’imagine dans sa tour d’ivoire, mais un homme de théâtre soucieux d’effets scéniques, qu’il n’était pas exclusivement un auteur de « comédies de caractères », car ce type de pièces ne représente qu’une faible partie de sa création. En fait, c’est la postérité qui, à la suite de Boileau, a voulu voir des caractères partout ! Mais rien n’y fait : le mythe a la vie dure !