Molière
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Molière de A à Z

LA GRANGE

(Charles Varlet, dit de La Grange, 1635-1692) ? Comédien, orateur et régisseur de la troupe de Molière. Orphelin de bonne heure, il reçoit une solide éducation, et devient comédien, sous le nom de jeune fille de sa mère. Il entre chez Molière en 1659, pour interpréter les rôles d’amoureux, jouant, entre autres, Éraste dans Les Fâcheux, Horace dans L’École des femmes, Valère dans Le Tartuffe et dans L’Avare, et Dom Juan. Il y remplit rapidement des fonctions importantes relatives à l’intendance, remplaçant Molière comme orateur, tenant scrupuleusement jour après jour le précieux registre de la troupe, seul témoignage direct de la vie des acteurs entre 1659 et 1685 ; il y note non seulement les dates, les programmes et les recettes, mais aussi les principaux événements intéressant la compagnie, dont il gère également les affaires. Ayant épousé en 1672 Marie Ragueneau, la fille du pâtissier-poète, il a la réputation d’un honnête homme, qui selon Tralage, amateur de théâtre bien informé, vit « régulièrement et même chrétiennement » — un de ses fils deviendra évêque ! —, mais aussi d’un bon comédien, dans le genre sérieux comme dans le genre comique ; alors qu’il indique à chacun la manière de jouer son rôle, dans L’Impromptu de Versailles, Molière ne lui adresse que ces quelques mots : « Pour vous, je n’ai rien à vous dire », ce qui est un bien beau compliment ! C’est encore lui qui, à la mort du maître, rassemble les comédiens, chassés du Palais-Royal au profit de Lully, achète la salle de la rue Guénégaud et conserve le répertoire et l’esprit de Molière. Il devient, après 1680, le premier doyen de la Comédie-Française, et veille, à ce titre, à la construction du théâtre de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Toujours selon Tralage, c’est à ce parfait honnête homme — dans le sens où l’on parle d’honnêteté au XVIIe siècle —, qui a su gagner la confiance et l’affection de Molière, que l’on doit la réalisation, avec Jean Vivot, un ami de toujours du poète, de la très précieuse édition posthume de 1682.

Quant à la fiabilité de l’image de Molière que nous livre l’édition de 1682, on peut certes se demander si la ferveur de l’ami et du disciple n’infléchit pas ses témoignages vers l’hagiographie. Alors qu’un seul cas, celui de la suppression de tout un lazzi repris des Fourberies de Scapin dans Le Malade imaginaire nous laisse sceptique, tous les autres faits qui nous sont connus infirment cette hypothèse : non seulement les éditeurs de 1682 montrent un grand respect du texte, un louable souci d’exhaustivité, puisqu’ils prennent soin d’éditer des œuvres tombées aussi bien que des œuvres mineures, et une grande attention portée aux indications de scène.