Molière
Œuvres Chronologie Molière de A à Z Molière et Pézenas
Médiathèque
Bibliographie Filmographie Iconographie Actualités Liens Contact

Molière de A à Z

Lazzi

Terme technique de la commedia dell’arte qui désigne des effets ou des jeux de scène comiques. Ces effets sont aussi bien verbaux (dialogues stylisés, jeux de mots, allusions sexuelles) que paraverbaux (effets de timbre), ou encore corporels (mimiques, postures, acrobaties). Chaque acteur possède évidemment certaines spécialités, mais ces effets sont pour nous perdus car les canevas, indiquant la succession des scènes, ne font que les mentionner de manière allusive. Nous savons parfois à quoi correspond tel lazzi, qui porte un nom éclairant ; Dominique Biancolelli, le célèbre Arlequin du XVIIIe siècle, écrit par exemple : « […] nous faisons entre nous le lazzi de ne nous répondre que par monosyllabes », ce qui est suffisamment clair même pour le profane. Mais il n’est pas rare non plus que certains d’entre eux ne signifient pas grand chose à nos yeux ; c’est le cas de ceux qu’évoque le comédien italien Perrucci à la fin du siècle : laisse ceci et prends cela, la pèlerine, les amants qui s’agenouillent, l’aigle à deux têtes, jeu de crainte... Il fait la scène des richesses... Il fait le jeu de l’aumone. Dans tous les cas, la référence à ces lazzi montre qu’ils sont considérés comme des unités autonomes de jeu ou de dialogue, que l’acteur pouvait à son gré insérer à tel ou tel moment de la pièce, lorsque la situation s’y prêtait.

Molière pratique, comme ses collègues italiens, le réemploi de ces sortes d’unités dramatiques, les empruntant, les réadaptant, les reproduisant même parfois telles quelles d’une pièce à l’autre. Et l’on peut s’interroger sur la fonction et de la justification de ces effets qui heurtaient tant les conceptions dramatiques et le goût d’esprits comme Boileau. Contrairement à une idée reçue, Molière ne recourt pas aux lazzi uniquement quand ils servent sa visée psychologique. Il le fait souvent dans une intention purement comique, comme dans L’Avare par exemple, où les lazzi se succèdent pour le seul plaisir euphorique du spectateur.

Cependant, il est vrai qu’ils peuvent contribuer à la peinture des héros, mais ils ne le font pas dans une perspective mimétique. Quand, dans La Critique de l’École des femmes, Molière — par l’intermédiaire de Dorante — se réfugie derrière l’argument de la vraisemblance pour justifier la folie obsessionnelle d’Arnolphe, il n’est qu’à moitié crédible, car sa défense est ici polémique. Et Donneau de Visé ne manque pas de le souligner, puisqu’il écrit dans Zélinde :

La scène qu’il [le notaire] fait avec Arnolphe serait à peine supportable dans la plus méchante de toutes les farces ; et bien qu’elle fasse un jeu de théâtre, elle ne laisse pas de choquer la vraisemblance. Il est impossible qu’un homme parle si longtemps derrière un autre sans être entendu, et que celui qui ne l’entend pas réponde jusqu’à huit fois à ce qu’on lui dit.

En fait, dans la majorité des comédies (L’École des femmes, Le Tartuffe, Le Misanthrope), le personnage jouit déjà, grâce à d’autres scènes plus vraisemblables, d’un effet de réel plus grand. Le recours sporadique au lazzi permet alors au poète de « charger » le portrait vers la caricature, de le styliser et en même temps de maintenir la tension comique. De sorte que, malgré la fragmentation de l’action que risquent de susciter certains lazzis, la peinture du personnage est confortée et complétée par ces effets de nature plus métaphorique, nécessaires au théâtre comique, en raison de leur force. Comme le dit Alain :

Le théâtre est donc un de ces arts abstraits et sévères, comme sont la scupture et le dessin, qui périssent par la recherche des nuances et des finesses. Mais le théâtre a ce privilège d’être saisissant et fort en restant abstrait […]. (Système des Beaux-Arts, V)

Ces effets puissants pourtant ne sont que complémentaire, et ils n’excluent pas la nuance et la profondeur du portrait que d’autres scènes peuvent offrir au spectateur.