Molière
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Molière de A à Z

LOUIS XIV

Le souverain fait la connaissance de la troupe de Molière le 24 octobre 1658, alors que celle-ci revient d’un long périple en province, munie sans doute de nombreuses recommandations de ses premiers protecteurs. À l’occasion d’une représentation donnée dans la salle des Gardes du vieux Louvre, Molière choisit d’interpréter une tragédie de Corneille, Nicomède. « Ces nouveaux acteurs ne déplurent point » raconte Jean Vivot, témoin probable de la scène, ce qui en réalité signifie que ces débuts ne furent pas éclatants. Molière adressa alors des remerciements au roi et le « supplia très humblement d’avoir agréable qu’il lui donnât un de ces petits divertissements qui lui avaient acquis quelque réputation, et dont il régalait les provinces. » En d’autres termes, la troupe joue une farce, Le Docteur amoureux, et séduit le souverain qui lui fait donner la salle du Petit-Bourbon, en alternance avec les Comédiens italiens.

La faveur de Molière grandit et, afin de satisfaire le goût du monarque pour la musique et la danse — il n’hésite pas à prendre part en personne à certains ballets —, Molière conçoit le genre nouveau de la comédie-ballet, que le roi apprécie, en outre, pour y voir un moyen susceptible de servir sa politique par l’éblouissement du spectacle. À l’occasion des fêtes offertes par Foucquet à Louis XIV, en 1661, le poète représente Les Fâcheux ; le roi ravi suggère lui même au poète d’ajouter à sa galerie d’importuns le portrait du chasseur, ce que Molière s’empresse de faire (acte II, scène 6). En mai 1664, avec Les Plaisirs de l’île enchantée, Molière, sur qui repose l’organisation de la fête, jouit à la Cour du plus grand crédit, comme l’a montré Louis XIV en acceptant d’être le parrain de son premier enfant. Enfin, en 1665, la troupe devient la Troupe du Roi, ce qui la fait bénéficier d’une pension substantielle.

Louis XIV porte des jugements avisés sur les œuvres de Molière ; on le voit apprécier et admirer Le Tartuffe, bien qu’il s’estime tenu d’en interdire la représentation pour ménager l’Église. On est heureux également de constater que, pour mieux juger, il se méfie de son premier mouvement, comme le montre cette anecdote rapportée par Grimarest, à propos du Bourgeois gentilhomme : « Jamais pièce n’a été plus malheureusement reçue que celle-là ; et aucune de celles de Molière ne lui a donné tant de déplaisir. Le roi ne lui en dit pas un mot à son souper, et tous les courtisans la mettaient en morceaux […]. Il se passa cinq jours avant que l’on représentât cette pièce pour la seconde fois, et, pendant ces cinq jours, Molière, tout mortifié, se tint courbé dans sa chambre […]. Cependant on joua cette pièce pour la seconde fois. Après la représentation, le Roi, qui n’avait point encore porté son jugement, eut la bonté de dire à Molière : “Je ne vous ai point parlé de votre pièce à la première représentation, parce que j’ai appréhendé d’être séduit par la manière dont elle avait été représentée, mais, en vérité, Molière, vous n’avez encore rien fait qui m’ait plus diverti, et votre pièce est excellente”. »

Hélas, l’amitié du roi manque de constance et celui-ci, sensible à l’influence de Madame de Maintenon, ne se rend plus guère au théâtre. En outre, le conflit avec Lully, qui jouit de la faveur royale, jette Molière dans une sorte d’oubli, sinon de semi-disgrâce qui l’afflige. (Voir Jean-Pierre Néraudau, L’Olympe du Roi-Soleil, Paris, Les Belles-Lettres, 1986.)