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Molière de A à Z

Molière et son époque

L’œuvre de Molière, entre autres traits originaux, présente la particularité de peindre les mœurs, ce qui lui permet d’actualiser un caractère considéré comme éternel, et en outre de faire écho à une certaine actualité, petites questions ou grands débats de son temps. C’est ainsi, par exemple que Les Précieuses ridicules font référence à la mode de la préciosité, L’École des femmes à l’éducation des jeunes filles, La Critique de l’École des femmes et L’Impromptu de Versailles au débat relatif au statut de la comédie, Le tartuffe à la question de l’hypocrisie religieuse, Le Bourgeois gentilhomme au snobisme des bourgeois voulant imiter les gens de qualité, et George Dandin aux mésalliances de paysans enrichis qui ont pris femme dans la noblesse. Cette orientation, en situant la dramaturgie moliéresque aux antipodes de la pastorale ou de la tragédie, donne aux spectateurs le sentiment que la comédie est le miroir de leurs actions et qu’ils y sont représentés. C’est ainsi que M. de Montausier ayant été reconnu par ses contemporains comme le modèle d’Alceste, héros du Misanthrope, « s’emporta jusqu’à faire menacer Molière, quoiqu’alors si à la mode, de le faire mourir sous le bâton », nous dit Saint-Simon ; puis il vit représenter la pièce. « Plus elle avançait, plus il la goûtait, et il en sortit si charmé qu’il dit tout haut que ce misanthrope était le plus honnête homme (voir Honnêteté) qu’il eût vu de sa vie, et qu’il tenait à grand honneur, quoiqu’il ne le méritât pas ce qu’on en avait dit sur lui. » On comprend ainsi que Molière ait pu se faire, dans d’autres situations, un certain nombre d’ennemis et que sa carrière littéraire soit jalonnée de luttes, de conflits et de querelles.

Au delà de ces questions émergeant de l’actualité si l’on peut dire, l’œuvre de Molière fait écho à l’évolution profonde de l’imaginaire collectif en reflétant l’aspiration à certains idéaux, tel celui de l’honnêteté : en témoigne le fait que le poète place au cœur de sa dramaturgie, comme norme révélant l’écart des comportements ridicules, des personnages aux attitudes galantes et raisonnables. De même, quand il oppose, dans L’École des femmes, par exemple, le naturel d’Agnès au carcan des règles brandi par Arnolphe, il prône une conception du naturel fondé sur l’intuition individuelle du bien ; de surcroît, par delà cette situation de théâtre stéréotypée, l’œuvre éclaire en l’occurrence un moment capital de l’histoire des idées, l’émergence de la conscience individuelle comme référence éthique (Voir sur ce point Molière ou l’esthétique du ridicule de Patrick Dandrey, chap. second). Enfin, par sa forme même — la fonction du rire, l’importance du corps, l’invention d’un discours accidenté au sein d’un dialogue conflictuel — cette dramaturgie ne traduit-elle pas de manière métaphorique une sorte de mise en question de l’ordre des choses ?