Molière
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Molière de A à Z

Mort

Molière meurt à cinquante et un ans, le 17 février 1673, vers dix heures du soir. Ayant refusé, en dépit de l’aggravation de son état de santé, du à une longue maladie, de supprimer la représentation pour ne pas porter préjudice aux « cinquante pauvres ouvriers qui n’ont que leur journée pour vivre », écrit Grimarest (voir Métiers), il éprouve un malaise à la fin de l’acte III du Malade imaginaire, mais il le dissimule sous un « ris forcé », comme le raconte le même Grimarest :

Molière représenta avec beaucoup de difficulté ; et la moitié des spectateurs s’aperçurent qu’en prononçant, Juro, dans la cérémonie du Malade imaginaire, il lui prit une convulsion. Ayant remarqué lui-même que l’on s’en était aperçu, il se fit un effort, et cacha par un ris forcé ce qui venait de lui arriver.

On le transporte chez lui, crachant du sang, il refuse un des bouillons que sa femme a toujours en réserve, mange un peu de pain et de parmesan, puis se met au lit. Il charge Baron d’aller chercher Armande, son épouse, et, comme il désire recevoir les sacrements et abjurer pour mourir en chrétien, on envoie « par plusieurs fois son valet et servante à Saint-Eustache, sa paroisse », dira Armande Béjart dans sa Requête à l’archevêque de Paris. Il meurt auprès de deux religieuses venues quêter pendant le carême, auxquelles il donne l’hospitalité, avant l’arrivée de sa femme et en l’absence des deux prêtres auxquels on s’est adressé, car ils ont refusé de se déplacer. Jean Aubry, son beau-frère, est à son tour parvenu à convaincre un troisième prêtre, l’abbé Paysant, de se lever, mais, poursuit Armande : « toutes ces allées et venues tardèrent plus d’une heure et demie pendant lequel temps ledit sieur Molière décéda et ledit sieur Paysant arriva comme il venait d’expirer. » Le comédien étant mort sans abjurer, ses obsèques suscitent de grandes difficultés « et comme ledit sieur Molière est décédé sans avoir reçu le sacrement de confession dans un temps où il venait de représenter la comédie, Monsieur le curé de Saint-Eustache lui refuse la sépulture. » Puis, sur l’intervention du roi, l’archevêque autorise le curé de Saint-Eustache à enterrer Molière dans le cimetierre de la paroisse, mais sans aucune pompe, ni service solennel, « hors des heures du jour. » On l’inhume donc au cimetière Saint-Joseph, dépendant de la paroisse, mais il est possible qu’on le transfère rapidement dans la partie réservée aux suicidés et aux enfants non baptisés, qui n’est pas terre sainte.

Grimarest raconte ainsi son inhumation : « Le jour qu’on le porta en terre, il s’amassa une foule incroyable de peuple devant sa porte. La Molière en fut épouvantée ; elle ne pouvait pénétrer l’intention de cette populace. On lui conseilla de répandre une centaine de pistoles par les fenêtres. Elle n’hésita point ; elle les jeta à ce peuple amassé en le priant avec des termes si touchants de donner des prières à son mari qu’il n’y eut personne de ces gens-là qui ne priât Dieu de tout son cœur. Le convoi se fit tranquillement à la clarté de près de cent flambeaux. » Certains détails mal expliqués ont poussé quelques moliéristes à s’interroger sur une mort jugée mystérieuse, au point qu’on a pu l’attribuer à un empoisonnement. Parmi les contemporains, Grimarest lui-même parle, à propos de cette mort, de « désabuser le public de plusieurs histoires », sans préciser à quoi il fait allusion. De même, Bossuet écrit curieusement, vingt-cinq ans après la disparition de Molière : « La postérité saura peut-être la fin de ce poète comédien. » On ne peut que se borner à constater, pour aller dans le sens de cette hypothèse, que cette mort fut subite. Rien n’indique, d’après La Grange, que le dramaturge ait été inquiété par son état de santé les jours précédents ; d’ailleurs, s’il s’était senti près de sa fin, pourquoi n’aurait-il pas fait un testament en faveur de sa fille, Esprit-Madeleine ? Sur le plan médical, on tend aujourd’hui à expliquer cette mort, due à une tuberculose pulmonaire, non pas par la rupture d’un anévrisme de l’aorte, ce qui est toujours foudroyant, mais par celle d’un anévrisme situé sur une branche de l’artère pulmonaire, dit anévrisme de Rasmüssen, ce qui expliquerait le délai d’une heure entre le malaise au théâtre et la mort.