Molière
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Molière de A à Z

Pézenas

Ancienne capitale gobernorale des Montmorency, Pézenas, dont le nom est à jamais lié à celui de Molière, connaît au milieu du XVIIe siècle une certaine éclipse, mais joue encore un certain rôle politique. C’est dans cette belle ville que commence véritablement la carrière de Molière, avec la rencontre du Prince de Conti, le troisième personnage de l’État, qu’il a connu et probablement aidé dans ses études au Collège de Clermont, selon Jean Vivot. Ce personnage puissant, frère du Grand Condé qui, de surcroît, est marié à une nièce de Mazarin, invite la troupe de Molière à donner la comédie à Pézenas, en 1653 dans son domaine de la Grange des Près. Entouré d’une cour remplie de brillants esprits tels que l’abbé de Cosnac, l’abbé Voisin, Guilleragues, Sarasin, Gourville et Voiture, Conti fait appel à la troupe de Molière pour le divertissement de Madame de Calvimont, sa maîtresse. Dans ses Mémoires, Cosnac en fait le récit suivant :

« Aussitôt qu’elle fut logée dans la Grange, elle proposa d’envoyer chercher des comédiens. Comme j’avais l’argent des menus plaisirs de ce prince, il me donna ce soin. J’appris que la troupe de Molière et de la Béjart étaient en Languedoc ; je leur mandai qu’ils vinssent à la Grange. Pendant que cette troupe se disposait à venir sur mes ordres, il en arriva une autre à Pézenas qui était celle de Cormier. L’impatience naturelle de Mgr le Prince de Conti, et les présents que fit cette dernière troupe à Madame de Calvimont [ma maîtresse de Conti], engagèrent à la retenir. Lorsque je voulus représenter à Mgr le Prince de Conti que je m’étais engagé à Molière sur ses ordres, il me répondit qu’il s’était depuis lui-même engagé à la troupe de Cormier, et qu’il était plus juste que je manquasse à ma parole que lui à la sienne. Cependant Molière arriva et, ayant demandé qu’on lui payât au moins les frais qu’on lui avait fait faire pour venir, je ne pus jamais l’obtenir, quoiqu’il y eût beaucoup de justice ; mais Mgr le Prince avait trouvé bon de s’opiniâtrer à cette bagatelle. Ce mauvais procédé me touchant de dépit, je résolus de les faire monter sur le théâtre de Pézenas, et de leur donner 1000 écus de mon argent, plutôt que de leur manquer de parole. Comme ils étaient prêts à jouer à la ville, Mgr le Prince de Conti, un peu piqué d’honneur par ma manière d’agir, et pressé par Sarrasin, que j’avais intéressé à me servir, accorda qu’ils viendraient jouer une fois sur le théâtre de la Grange. Cette troupe ne réussit pas dans sa première représentation au gré de Madame de Calvimont, ni par conséquent au gré de Mgr le Prince de Conti, quoique, au jugement de tout le reste des auditeurs, elle surpassât infiniment la troupe de Cormier, soit par la bonté des acteurs, soit par la magnificence des habits. Peu de jours après, ils représentèrent encore, et Sarrasin, à force de prôner leurs louanges, fit avouer à Mgr le Prince de Conti qu’il fallait retenir la troupe de Molière, à l’exclusion de celle de Cormier. Il les avait suivis et soutenus dans le commencement à cause de moi ; mais alors, étant devenu amoureux de la Du Parc, il songea à se servir lui-même. Il gagna Mme de Calvimont, et non seulement il fit congédier la troupe de Cormier, mais il fit donner pension à celle de Molière. On ne songeait alors qu’à ce divertissement, auquel moi seul je prenais peu de part. »

Conti se lie avec Molière, exprime le désir de le garder auprès de lui comme secrétaire et lui accorde sa protection ; la troupe reviendra jouer deux ans de suite à l’occasion des États Généraux du Languedoc, mais la brutale et spectaculaire conversion du prince, en 1656, en fait l’un des membres les plus puissants de la fameuse Compagnie du Saint-Sacrement, qui, au nom de l’Église, cherche à nuire au théâtre et aux comédiens. Les États de Languedoc cessent d’offrir des billets de faveur pour le théâtre à ses membres, et toutes les subventions accordées aux troupes sont supprimées.

La ville actuelle de Pézenas témoigne de ce passé glorieux par sa richesse architecturale exceptionnelle, et l’on peut y voir notamment, parmi les nombreux et splendides hôtels particuliers du XVIIe siècle, l’Hôtel d’Alfonse où Molière s’est produit, ainsi que la boutique du barbier Gély qu’il fréquentait. (Voir Claude Alberge, Le Voyage de Molière en Languedoc : 1647-1657, Montpellier : Presses du Languedoc, 276 p, 1988.)