Molière
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Molière de A à Z

Philosophie

On a longtemps pensé qu’il était vain de rechercher dans l’œuvre de Molière l’expression d’un système philosophique cohérent, voire même d’une volonté consciente. « Molière pense-t-il ? » se demande René Bray, avant de répondre : « le théâtre n’est pas un moyen, c’est un but » (Molière, Homme de théâtre, p. 32). Mais il y a là assurément une part de boutade, car la description des égarements passionnels qui fonde la dramaturgie moliéresque suppose une conception anthropologique de référence.

Il est effectivement délicat de déterminer la pensée philosophique du poète, car non seulement son théâtre ne contient guère de tribune ni de pétition de principe, et, si l’on se met en quête de sa conception des choses, c’est dans la dynamique et la dialectique des œuvres qu’il convient de la chercher ; mais aussi, ses comédies contiennent des échos issus de systèmes philosophiques différents, comme l’épicurisme gassendiste, le rationalisme cartésien, le scepticisme libertin et le stoïcisme chrétien ou païen. De fait, il faut renoncer à y rechercher un système dogmatique, car la pensée de Molière se caractérise par une sorte de syncrétisme. On s’accorde à la définir aujourd’hui comme un épicurisme christianisé, à la manière de Gassendi, teinté de scepticisme, sous l’influence de La Mothe Le Vayer, mais aussi tempéré par un certain pessimisme, qui ne méconnaît pas la nature de l’homme. Une telle pensée est bien peu chrétienne, puisqu’elle n’ouvre sur aucune transcendance, comme l’écrit René Jasinski : « Elle ne heurte pas ouvertement le dogme ni la foi. Mais elle s’en passe. Elle s’édifie en dehors d’eux. Elle trouve en elle-même ses moyens et ses fins ». (Molière et le Misanthrope, p. 274).

Patrick Dandrey attire à raison l’attention sur la modalité d’expression de cette philosophie, et il propose de renverser l’image habituelle du penseur qui chercherait à nourrir son théâtre d’une synthèse préalablement élaborée, image, faut-il le rappeler, léguée par la IIIe République. C’est au contraire « la dynamique de l’écriture dramatique [qui] effectue la synthèse des systèmes de pensée plutôt qu’elle n’en procède » (Molière ou l’esthétique du ridicule, Paris, Klincksieck, 1992 p. 286). Molière utilise ainsi de façon empirique divers courants de philosophie dogmatique : dans L’École des femmes, par exemple, on peut voir en Arnolphe un représentant du stoïcisme, lui qui veut étouffer les sentiments dans l’âme de sa pupille, en Agnès et Horace, les tenants d’un hédonisme épicurien aimable, et en Chrysalde enfin un philosophe sceptique légèrement moqueur, manifestant une sagesse relativement détachée. Molière oppose ainsi des attitudes, sans en embrasser aucune de manière évidente, et c’est cette confrontation qui invite le spectateur à méditer, à construire sa vérité. Un tel syncrétisme relève sans doute d’une morale pratique, d’une forme de sagesse faite d’adaptation au réel : « son théâtre est comme un appel à se purger de l’esprit d’amertume, à accepter la nécessité, sans légitimer pour autant l’inacceptable » (Bernard Tocanne, L’Idée de nature en France, p. 220).

(Voir, sur cette question très controversée, René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, Paul Bénichou, Morales du grand siècle, Bernard Tocanne, L’Idée de nature en France au XVIIe siècle, Gérard Defaux, Molière ou les métamorphoses du comique et Patrick Dandrey, Molière ou l’esthétique du ridicule.)