Molière
Œuvres Chronologie Molière de A à Z Molière et Pézenas
Médiathèque
Bibliographie Filmographie Iconographie Actualités Liens Contact

Molière de A à Z

Public

Au début du siècle, les honnêtes gens ne vont pas au théâtre, et le public du parterre, très populaire, est constitué entre autres de pages, valets, soldats, mousquetaires, artisans, étudiants, petits truands, prostituées, de sorte que les disputes, qui troublent et interrompent la représentation, n’y sont pas rares. Après 1630, le théâtre étant devenu fréquentable, les honnêtes gens, et les femmes en particulier, ne craignent plus de s’y montrer, car, comme l’écrit Guez de Balzac, on y a « nettoyé les planches de toute sorte d’ordures et réconcilié la volupté avec la vertu. » Le public suit par ailleurs avec intérêt les polémiques et les querelles de la vie théâtrale qui, telle celle du Cid, ou, plus tard, celle de L’École des femmes, opposent les acteurs et les théâtres ; quant à la rivalité des auteurs, elle donne lieu à des luttes dont les spectateurs sont également très friands. Le public, dans son ensemble, soutient Molière dans les mauvaises querelles que lui cherchent les rivaux jaloux ou les côteries dont il fustige l’hypocrisie, mais cela ne signifie pas qu’il le suive aveuglément. On est par exemple étonné aujourd’hui de savoir qu’une œuvre aussi exceptionnelle que Le Misanthrope n’a pas eu de succès lors des premières représentations et, si l’on en croit Grimarest, il a sans doute été nécessaire de la « soutenir » par une farce comme Le Médecin malgré lui, écrite en quelques jours. « C’était le sort de ses meilleures pièces d’en avoir [des critiques] et de n’être goûtées qu’après réflexion. Et l’on a remarqué qu’il n’y a guère eu que Les Précieuses ridicules et l’Amphitryon qui aient pris tout d’un coup », rapporte Grimarest. Le public est parfois déroutant dans ses réactions, et cela se manifeste même dans la réception d’un effet précis qu’il ne perçoit pas toujours comme le souhaitait le dramaturge, ce qui peut donner lieu à des scènes amusantes. Ainsi, le même Grimarest raconte cette anecdote survenue pendant la représentation du Misanthrope, au moment où Oronte fait la lecture d’un misérable sonnet : « À la première lecture, ils [les courtisans] en furent saisis ; ils le trouvèrent admirable ; ce ne furent qu’exclamations. Et peu s’en fallut qu’ils ne trouvassent fort mauvais que le Misanthrope fît voir que ce sonnet était détestable. »

À côté de son public de théâtre ordinaire, si l’on peut dire, Molière s’est également attaché un public aristocratique qui lui est tout aussi fidèle ; c’est ainsi qu’il joue fréquemment en visites chez les grands du royaume, et cela sauvera même les finances de sa troupe en 1660, quand, son théâtre ayant été détruit par le surintendant des bâtiments du roi, M. de Ratabon, Molière est resté sans salle durant trois mois avant que le souverain ne fasse remettre en état la vieille salle du Palais Royal.