Molière
Œuvres Chronologie Molière de A à Z Molière et Pézenas
Médiathèque
Bibliographie Filmographie Iconographie Actualités Liens Contact
Accueil > Molière > Molière de A à Z > Querelle de l’École des femmes

Molière de A à Z

Querelle de l’École des femmes

Dès que la pièce est créée, avec grand succès, au Théâtre du Palais-Royal, le 26 décembre 1662, éclate la première querelle marquante de la carrière de Molière, qui dure jusqu’au début de 1664, et qui l’affecte en lui faisant découvrir la jalousie et la calomnie. La cabale revêt tout d’abord un caractère moral et mondain, car de nombreux spectateurs sont choqués par les recommandations d’Arnolphe à Agnès (III, 2), dans laquelle on voit une parodie de sermon, et, plus grave, une parodie des commandements de Dieu. La pièce vaut de surcroît à Molière une accusation d’obscénité à cause de l’équivoque du le (II, 5, v. 572) ; celle-ci déchaîne les foudres de ses ennemis, qui n’hésiteront pas à le rappeler des années plus tard : le prince de Conti, ancien protecteur de la troupe subitement revenu à la religion écrira : « Il n’y a rien de plus scandaleux », mais aussi d’un docte, l’abbé d’Aubignac, célèbre théoricien du théâtre tragique, qui réprouvera « les farces impudentes et les comédies libertines, où se mêlent bien des choses contraires au sentiment de la piété et aux bonnes mœurs. »

La querelle est également l’affaire des gens de lettres, dramaturges et comédiens rivaux, auteurs débutants à l’affut d’une occasion de se distinguer. On remarque immédiatement, et non sans raison, les emprunts de Molière à une nouvelle de Scarron, La Précaution inutile, et à un conte de Straparole, tiré des Facétieuses Nuits. Mais dès janvier 1663, Boileau soutient Molière, qu’il ne connaît pas encore, dans ses Stances à M. de Molière sur sa comédie de L’École des femmes que plusieurs gens frondaient. Cela n’est pas sans susciter quelques jalousies : déjà ennemi de Molière, Thomas Corneille, qui se fait appeler De L’Isle — Molière raille ce nom d’emprunt dans sa pièce au vers 182 — est vexé. Quant aux relations que notre dramaturge entretient avec Pierre Corneille, elles ne sont pas meilleures, et le vieux maître semble, selon d’Aubignac, prendre la tête d’une cabale hostile à l’œuvre.

Quelques semaines plus tard, Donneau de Visé, dans ses Nouvelles nouvelles, attaque plus insidieusement Molière, présenté comme un auteur à la solde des grands — allusion à ses relations aristocratiques et aux nombreuses représentations privées que la troupe donne en « visite » —auteur qui, de surcroît, emprunte abondamment à d’autres écrivains, et qui, de surcroît, n’est qu’un jaloux. Molière, alors pensionné par le roi, prépare son Remerciement, puis répond à ses ennemis en publiant La Critique de l’École des femmes, ce qui relance la querelle. La vive rivalité qui se développe entre les auteurs pousse Donneau de Visé à écrire Zélinde ou la Véritable Critique de l’École des femmes. Molière réplique en dédiant la pièce à Anne d’Autriche, une parfaite dévote. Boursault, ami des Corneille, fait alors représenter à l’Hôtel de Bourgogne Le Portrait du peintre ou la Contre-critique de l’École des femmes, suivie de la Chanson à la coquille ; écrite par Donneau de Visé, cette chanson ordurière, insulte à la fois Madeleine Béjart, apparue en nymphe sortant d’une coquille dans le prologue des Fâcheux, et Molière lui-même. Celui-ci écrit alors L’Impromptu de Versailles, où il rabaisse le genre tragique et ridiculise les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne dont il raille la diction pompeuse. Nouvelle réplique des ennemis : Donneau de Visé fait représenter La Vengeance des Marquis, qui, à son tour, fustige le jeu des acteurs de Molière, ainsi qu’une Lettre sur les affaires au théâtre. Montfleury fils écrit L’Impromptu de l’Hôtel de Condé, et des contrefaçons de L’École des femmes, dues à l’éditeur Ribou, circulent à Paris. Quant à Montfleury père, directeur de l’Hôtel de Bourgogne, il adresse au roi une requête dans laquelle il accuse ignominieusement Molière d’avoir contracté mariage avec sa propre fille, Armande Béjart, mais cela reste sans effet, car Louis XIV répond en devenant le parrain de Louis, le fils de Molière et d’Armande Béjart. À son tour, le théâtre du Marais fait jouer une pièce de Chevalier, Les Amours de Calotin, et Philippe de La Croix écrit La Guerre comique ou la Défense de l’École des femmes. Enfin les choses se calment et Boileau met un terme à cette longue querelle en dédiant sa Satire II à son ami qui a su rester digne et qui, contrairement à ce qu’ont fait ses ennemis, ne s’est jamais livré à des attaques relatives à leur vie privée.