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Molière de A à Z

Querelle de la moralité du théâtre

Dans cette querelle, phénomène largement européen, s’affrontent l’héritage de la Renaissance, riche du théâtre antique, et la Réforme hostile au théâtre païen dont, à ses yeux, les comédiens aux mœurs dissolues corrompent la jeunesse. Dans les pays catholiques, une sorte de compromis, fruit de médiations patientes et d’une longue procédure casuiste, apaise les relations entre le monde du théâtre, d’autant qu’il est goûté de la plupart des souverains, et l’Église, qui d’ailleurs est moins hostile au texte dramatique proprement dit qu’à sa représentation scénique : c’est en effet la parodie d’incarnation du Verbe qui, face à la parole en chaire, passe pour démoniaque et qui risque de perdre l’âme du spectateur. À cette hostilité s’ajoute l’antique méfiance, d’origine platonicienne, envers l’art de la mimésis, qui risque d’enchaîner les âmes au monde sensible. L’équilibre fragile qui s’instaure néanmoins entre l’Église et le théâtre, dû à la moralisation des œuvres dramatiques et à l’évolution des goûts d’un public mondain, est brutalement remis en cause par les jansénistes qui, avec La Fréquente Communion d’Arnauld, puis la polémique de Nicole et de Varet, adoptent une attitude beaucoup plus radicale sur la question.

C’est « l’affaire du Tartuffe » qui permet aux dévots et donc à la puissante Compagnie du Saint-Sacrement de ranimer ce conflit doctrinal ancien qui, avant 1666, n’avait pas encore touché Molière. L’abbé d’Aubignac déplore, dans sa Dissertation sur la condamnation des Théâtres, que « le théâtre se laisse retomber peu à peu à sa vieille corruption », mais il essaie de calmer les esprits en suggérant l’intervention d’une censure susceptible de moraliser la scène. Les dévots ne désarmeront pas : Pascal se dira convaincu que « de tous les divertissements, le plus dangereux est la comédie », et Pierre Nicole accusera le théâtre d’être « un empoisonneur public, non des corps, mais des âmes des fidèles. » Pour lors, le parti des dévots attaque à coups redoublés : Conti, autrefois protecteur de Molière, soudainement revenu à la religion, publie son Traité de la comédie et des spectacles, selon la tradition de l’Église tirée des conciles et des Saints-Pères, et son aumônier, l’abbé de Voisin, rédige ensuite pour sa part une Défense du Traité de Monseigneur le prince de Conti. Bien qu’ils s’en prennent aux comédiens et à divers damaturges, dont Pierre Corneille, ces ouvrages visent essentiellement Molière, écrivain accusé non seulement d’obscénité, depuis la querelle de L’École des femmes, mais surtout d’athéisme et d’ingérence dans les choses de la religion, depuis Dom Juan. Alors que des prédicateurs, comme Bourdaloue ou le père Maimbourg, se déchaînent en chaire contre le dramaturge, il est décevant de constater que ceux qui auraient dû s’allier naturellement à lui pour le soutenir, l’abbé d’Aubignac, Corneille, Racine, l’abandonnent à son triste sort. Molière ne peut que faire remarquer en vain, dans la préface du Tartuffe : « Je ne puis pas nier qu’il n’y ait eu des Pères de l’Église qui ont condamné la comédie ; mais on ne peut pas me nier aussi qu’il n’y en ait eu quelques-uns qui l’ont traitée plus doucement. »