Molière
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Molière de A à Z

Religion

On ne sait rien de précis sur ce que Molière pense de la religion, au point que ses biographes en arrivent à s’opposer diamétralement. Possible traducteur du De Natura rerum de Lucrèce, selon Grimarest, ami de Chapelle, de La Mothe Le Vayer, peut-être élève du philosophe épicurien Gassendi, fréquentant Des Barreaux, lui-même lié à Théophile et athée notoire, on pourrait légitimement penser que Molière est séduit par un certain libertinage d’esprit. Cependant, outre son respect avéré des usages religieux et sociaux, attitude courante chez les comédiens — Molière communie à Pâques en 1672 et ses enfants sont baptisés —, il faut rappeler que le roi, qui ne badine pas avec les choses de la religion, accepte d’être le parrain du premier de ses enfants, Louis, et enfin qu’Armande Béjart adresse, à la mort de son mari, une requête à l’archevêque de Paris, afin que le poète soit enterré chrétiennement : « il a demandé avant que de mourir un prètre pour être confessé […] et qu’il est mort dans le sentiment d’un bon chrétien ».

Ses œuvres ne permattent pas de se faire une idée plus précise, car, lorsqu’il y est question de la religion — on pense en particulier à Dom Juan —, le poète fait en sorte que le sens du dialogue ou des affrontements demeure ambigu et que le sens de l’œuvre reste en suspens. On peut tout au plus remarquer qu’en contestant une tradition éducative coercitive (L’École des femmes), il se montre du même coup réticent à une pratique religieuse teintée d’Augustinisme. Cela apparaît notamment dans Le tartuffe : d’une part, notre poète y montre une évidente sympathie pour une forme de religion mondaine et aimable, proche de la morale des honnêtes gens, prônée par Cléante mais qui est aussi celle de la Cour. D’autre part, il s’en prend sans ambiguïté aux pratiques austères de la religion, en confiant la défense de celles-ci aux personnages ridicules de la pièce, Orgon et Mme Pernelle, maîtresse-femme qui adresse ces propos à sa belle-fille, la sage Elmire :

Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés, Et de tant de laquais le bruyant assemblage, Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. […] Ces visites, ces bals, ces conversations, Sont du malin esprit, toutes inventions. Là, jamais on n’entend de pieuses paroles : Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles (I, 1, v. 87-90 et 151-154)

(Voir Affaire du Tartuffe, Comédiens, Compagnie du Saint Sacrement de l’Autel, Église, Gassendi, Libertinage et Querelle de la moralité du théâtre. Voir aussi Raymond Picard, « Tartuffe, production impie ? », Mélanges Raymond Lebègue, Paris Nizet, 1969, p. 227-39, et repris dans L’Humanité de Molière, pp. John Cairncross,1969).