Molière
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Molière de A à Z

Ridicule

Dans la seconde moitié du siècle, grâce au profond courant de l’honnêteté, qui prône le naturel et invite chacun à s’observer afin de déceler les divers ridicules auxquels il convient d’échapper, la notion nouvelle de ridicule va jouer un rôle capital dans la dramaturgie de Molière. Dans la Lettre sur la comédie de l’Imposteur, le ridicule est présenté comme la forme extérieure et sensible que la providence de la nature a attachée à tout ce qui est déraisonnable, pour nous en faire apercevoir, et nous obliger à le fuir :

[…] comme la raison produit dans l’âme une joie mêlée d’estime, le ridicule y produit une joie mêlée de mépris […]. Pour connaître ce ridicule il faut connaître la raison dont il signifie le défaut, et voir en quoi elle consiste. Son caractère n’est autre, dans le fond, que la convenance, et sa marque sensible, la bienséance, c’est-à-dire le fameux quod decet des anciens.

Molière évoque cette notion centrale dans la préface du Tartuffe, comme susceptible de contribuer à la correction des mœurs :

[…] rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule.

Le rire, si discrédité dans la bonne société, va ainsi bénéficier d’une sorte de réhabilitation, car on peut rire d’un comportement ridicule : « on sera ridicule et je n’oserai rire ? », s’écrie Boileau dans sa Satire IX. De sorte que le système de référence qui sous-tend la notion de ridicule apparaît comme une norme admise et offre à Molière une sorte de sagesse collective de référence dont, par essence, le mécanisme de la comédie de mœurs a besoin afin de faire ressortir l’extravagance de ses héros. Enfin, dans cette perspective, la comédie n’a pas à forcer le trait en caricaturant les hommes ; le poète se contente de relever avec objectivité les marques de leur ridicule sans recourir aux procédés de grossissement ; il lui suffit de se livrer à une peinture fidèle. (Voir sur cette question, Dominique Bertrand, Dire le rire à l’Age classique, et Patrick Dandrey, L’Esthétique du ridicule).