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Molière de A à Z

Théoriciens

Ne s’intéressant qu’à la tragédie, Aristote avait déjà porté dans l’Antiquité un rude coup au genre comique. S’il y fait brièvement allusion dans sa Poétique, c’est pour le soupçonner de flatter, avec démagogie, un penchant peu noble du public, et pour faire entrer le comique dans la catégorie du laid, condamnation éthique dont la comédie aura bien du mal à se débarrasser :

La comédie est, comme nous l’avons dit, la représentation d’hommes bas ; cependant elle ne couvre pas toute bassesse : le comique n’est qu’une partie du laid ; en effet le comique consiste en un défaut ou une laideur qui ne causent ni douleur, ni destruction ; un exemple évident est le masque comique : il est laid et difforme sans exprimer la douleur (49a32).

Le discrédit profond dans lequel se trouve le rire au XVIIe siècle contribue de surcroît à expliquer le fait que, parmi les théoriciens de la génération de 1630 désireux d’élaborer un corps de doctrine littéraire, aucun ne s’intéresse précisément à la comédie : soit ils ne prêtent aucune attention à ce genre bas — les textes théoriques importants, comme la Lettre de Chapelain à Godeau (1630), la Poétique de La Mesnardière (1639), la fameuse Pratique du théâtre de l’abbé d’Aubignac (1657) l’ignorent pratiquement —, soient ils la méprisent ouvertement, tel L’abbé d’Aubignac, qui dénonce « les farces impudentes et les comédies libertines, où se mêlent bien des choses contraires au sentiment de la piété et aux bonnes mœurs ».

Il résulte de ce profond discrédit que la comédie n’est presque jamais définie en elle-même, mais par rapport à la tragédie, le genre noble par excellence, ce qui entraîne un certain nombre de contre-sens, car on se met à juger les comédies selon des critères aristotéliciens qui, en l’occurrence, ne sont pas pertinents. Le système des faits de la comédie moliéresque étant organiquement liée à sa poétique caractérisée par des visées psychologique et comique, la critique qui reproche à Molière sa désinvolture à l’égard de la notion d’intrigue ou de dénouement est inepte. Le seul critère à retenir est celui de l’efficacité, dont témoigne le rire du public ; et Molière, fort de son succès, rejette purement et simplement les fameuses règles, dans la préface des Fâcheux :

Ce n’est pas mon dessein d’examiner […] si tous ceux qui s’y sont divertis ont ri selon les règles.

et il saura, dans La Critique de L’École des femmes (s. 6), traiter à sa manière les faux savants incapables de comprendre la révolution que constitue sa poétique en les ridiculisant :

Ah ! Monsieur Lysidas, vous nous assommez avec vos grands mots. Ne paraissez point si savant, de grâce ; humanisez votre discours, et parlez pour être entendu. Pensez-vous qu’un nom grec donne plus de poids à vos raisons ?

mais surtout, ce qui ne manque pas d’audace de la part d’un auteur qu’on vient de traiter de « farceur », en leur déniant toute compétence :

Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous embarrassez les ignorants, et nous étourdissez tous les jours. Il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l’art soient les plus grands mystères du monde, et cependant ce ne sont que quelques observations aisées que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l’on prend à ces sortes de poèmes ; et le même bon sens qui a fait autrefois ces observations les fait aisément tous les jours, sans le secours d’Horace et d’Aristote. Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin. Veut-on que tout un public s’abuse sur ces sortes de choses, et que chacun ne soit pas juge du plaisir qu’il y prend ?