Molière
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Molière de A à Z

Tragédie

Comme tous ses contemporains, Molière est fasciné par le théâtre sérieux, c’est-à-dire le genre tragique, et il s’obstine, malgré les échecs qu’il essuie, à jouer les œuvres de Corneille qu’il admire et qu’il conserve à son répertoire : Nicomède, Rodogune, Cinna, Pompée, Attila, Tite et Bérénice. Mais la conception « naturelle » de la diction tragique de Molière, qui est à l’opposée de celle des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, heurte le goût du public, ce qui lui vaut de la part de ses ennemis la réputation de mauvais acteur tragique et de vulgaire farceur. On le voit ainsi approcher ce style avec Dom Garcie de Navarre, comédie héroïque qui tombe rapidement, mais dont il extrait de nombreux vers pour les mettre ensuite dans la bouche d’Alceste, héros du Misanthrope notamment. Il prend ensuite rapidement conscience de la puissance encore latente de la Comédie et revendique au moins pour elle l’égalité de statut avec la tragédie : Dorante compare ainsi, dans La Critique de l’École des femmes, les ambitions et les difficultés de l’auteur comique, à celles du poète tragique :

Car enfin, je trouve qu’il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser les Destins, et dire des injures aux Dieux, que d’entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre des défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où l’on ne recherche point de ressemblance […]. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d’après nature. On veut que ces portraits ressemblent ; et vous n’avez rien fait, si vous n’y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot, dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n’être point blâmé, de dire des choses qui soient de bon sens et bien écrites ; mais ce n’est pas assez dans les autres, il y faut plaisanter ; et c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.

Si une telle profession de foi étonne le lecteur moderne, qui n’a plus de préjugés contre la comédie, il faut rappeler que le rire est au XVIIe siècle réprouvé par la bonne société et par l’église, de sorte que Molière doit ici prendre le contre-pied des idées reçues sur la question. Ce n’est que plus tard, quand l’émergence de la notion du ridicule aura légitimé la visée morale du rire que la comédie obtiendra le droit de cité auprès des gens de goût.

Est-ce par une sorte de nostalgie pour ce genre, dans lequel il n’a pu s’imposer, que Molière élargit le registre de la comédie et qu’il y ménage à certains moments des effets du plus profond pathétique, comme dans Dom Juan ou Le Misanthrope (Voir les notices de ces pièces).