Molière
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Molière de A à Z

Troupes

Les principales troupes de Paris sont celle de l’Hôtel de Bourgogne, celle du Théâtre du Marais, celle des Comédiens italiens et celle de Molière. Il existe également de nombreuses troupes libres qui sillonnent la France, et qui, on s’en doute, ne roulent pas sur l’or, ainsi que des compagnies de province, dans les grandes villes, qui mettent en général à leur répertoire les pièces éditées de Corneille, de Racine, de Montfleury et de Molière. On sait qu’en tout, il doit exister environ cent quatre-vingt-dix troupes, en France, sans compter celles qui ne laissent aucune trace écrite dans les actes notariés, mais seules les plus heureuses bénéficient de la bienveillance d’un puissant protecteur qui leur verse une pension.

Molière fait partie de diverses troupes tout au long de sa carrière, et il en est toujours le chef, qu’il s’agisse de L’Illustre Théâtre de ses débuts, de celle du duc d’Épernon, dont Charles Dufresne lui confie la direction, ou, bien entendu, de celle de Monsieur qui devient ensuite Troupe Royale. Nous avons de bonnes raisons de penser que les Comédiens de Molière font plus que vivre en bonne intelligence, et qu’ils sont de véritables amis, ne serait-ce que pour la fidélité qu’ils témoignent à Molière dans les périodes difficiles. Le musicien Dassoucy, qui les a fréquentés à Lyon en parle avec émotion :

Car ces généreuses personnes ne se contentèrent pas de m’assister comme ami, ils me voulurent traiter comme parent […]. En effet, quoique je fusse chez eux, je pouvais bien dire que j’étais chez moi. Je ne vis jamais tant de bontés, tant de franchise, ni tant d’honnêteté que parmi ces gens-là, bien dignes de représenter dans le monde les personnages des princes qu’ils représentent tous les jours sur le théâtre.

Cela n’empêche pas les inévitables rivalités, fléau de toutes les compagnies, qui opposent Madeleine Béjart, Marquise Du Parc et Catherine de Brie et affectent parfois Molière, comme le mentionne une lettre de son ami Chapelle :

Je les ai faits [ces vers] pour répondre à cet endroit de votre lettre où vous particularisez le déplaisir que vous donnent les partialités de vos trois grandes actrices pour la distribution de vos rôles. Il faut être à Paris pour […] remédier à ce démêlé qui vous donne tant de peine. En vérité, grand homme, vous avez besoin de toute votre tête en conduisant les leurs, et je vous compare à Jupiter pendant la guerre de Troie.

Outre les Béjart, La Grange, Gros-René, Jodelet et Marquise Du Parc, Molière sait s’entourer d’excellents comédiens. Telle est Catherine Le Clerc, dite Mademoiselle De Brie, qui, fidèle à la troupe jusqu’au bout, joue les rôles d’ingénue et se rend extrêmement célèbre en interprétant le personnage d’Agnès, dans L’École des femmes, au point que le public la préférera dans ce rôle, bien qu’âgée de cinquante-cinq ans, à une actrice plus jeune. Grimarest dit qu’elle a parfois « consolé » Molière dans les moments difficiles ; elle est mariée à Edme Villequin, dit De Brie, également fidèle à la troupe, qui accepte volontiers des rôles modestes. Jeanne Beauval est pour sa part une enfant trouvée à la porte d’une église, qui joue souvent les rôles de soubrette ; Molière écrit pour elle le rôle de Zerbinette, dans Les Fourberies de Scapin, car son rire inextinguible séduit le public. Mariée à Jean Pitel, dit Beauval, spécialisé à la fin de sa vie dans les rôles de vieilles ridicules, elle lui donne dix enfants, dont l’ainée, Louise, crée le rôle de la petite Louison, dans Le Malade imaginaire. Pour ce qui est des hommes, citons Philibert Gassot, dit Du Croisy, dont la sœur épouse le célèbre et intrigant Bellerose, directeur de l’Hôtel de Bourgogne. Du Croisy a belle allure, et des manières qui lui permettent de jouer aussi bien les gentilshommes que les pédants. Quant à François Lenoir, dit De La Thorillière, capitaine d’infanterie, venu au théâtre par amour, est pour sa part un esprit pratique qui aide La Grange à tenir ses comptes et qui joue tantôt les rois, tantôt les paysans ou les raisonneurs. Il passe, après la mort de Molière, et par goût du genre tragique, à l’Hôtel de Bourgogne où il remplit des fonctions d’administrateur, d’orateur et d’acteur ; ses enfants et petits-enfants embrasseront la carrière à leur tour. Enfin, Guillaume Marcoureau, dit Brécourt, qui mène une vie fertile en épisodes romanesques : d’abord acteur chez Molière, où il joue aussi bien les paysans à accent que les gentilshommes ou les philosophes, il passe ensuite lui aussi à l’Hôtel de Bourgogne où il interprète les héros de Racine, comme Britannicus et Bajazet, ainsi que certains personnages de ses propres pièces ; c’est lui qui écrira en 1674 L’Ombre de Molière. Parallèlement à son activité théâtrale, sa vie privée ne manque pas d’épisodes rocambolesques : un jour, il estoque à l’épée un sanglier au cours d’une chasse royale, ce qui lui attire la faveur du souverain. Une autre fois, il tue un cocher, doit s’enfuir en Hollande, et ne peut rentrer en France qu’en tentant d’y enlever un autre réfugié recherché par la justice pour l’affaire des poisons. Il meurt de manière non moins spectaculaire, puisqu’il se rompt une veine en jouant l’une de ses pièces. À la mort de Molière, le roi ordonne la fusion de la troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne, ce qui donne naissance à la Comédie-Française.